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Kasparov dans le Monde par EricAngelini1 le  [Aller à la fin] | Actualités |
Un apéro avec… Garry Kasparov : « La compétition ne laisse la place à rien dans votre vie, c’est une guerre »

Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. Le célèbre champion russe d’échecs rêve toujours de renverser le « roi » Poutine. En attendant, il surfe sur le succès de la série « Le Jeu de la dame » pour promouvoir sa plate-forme de jeu en ligne. 

Par Christophe Ayad
(Le Monde du 2 juillet 2021)

Puisqu’on est nul aux échecs, jouons au Trivial Pursuit : qui est le champion du monde d’échecs en titre ? A moins d’être un adepte des 64 cases, parions que vous ne saviez pas qu’il s’agit du Norvégien Magnus Carlsen.

Question de rattrapage : citez un seul nom de champion d’échecs ? Parions sans grande chance de se tromper que c’est le nom de Garry Kasparov qui sort vainqueur de ce petit sondage sans valeur scientifique. Il est devenu synonyme du jeu qui lui a tout donné – et réciproquement –, à l’instar de Borg ou McEnroe pour le tennis, Pelé ou Maradona pour le football, et Mohamed Ali pour la boxe. Il est devenu le jeu, son incarnation et son synonyme.
C’est avec ces réflexions en tête, et avouons-le un brin d’appréhension que l’on se rend à un apéro avec Garry Kasparov à l’Hôtel de Crillon, place de la Concorde à Paris. Malgré l’heure propice et la carte tentante du bar, il se contentera d’un cappuccino et d’une eau gazeuse.

On n’est pas là pour rigoler. Le grand maître russe est de passage à Paris pour participer à un tournoi exhibition et, surtout, faire la promotion de sa toute nouvelle plate-forme en ligne Kasparovchess.com, fruit d’une collaboration entre le groupe Vivendi et l’organisateur de tournois Grand Chess Tour. Le site, qui diffuse des tournois, héberge également des tutoriels, des documentaires et une master class de Kasparov en quarante-six épisodes. Il y raconte son parcours, ses souvenirs de tournois, dissèque ses meilleures parties. « Il existe pas mal de sites d’échecs très bien faits. Mais celui-ci aura une touche plus personnelle », promet-il en guise de promotion.

Une histoire de rédemption
La plate-forme espère bien tirer profit du regain de popularité des échecs consécutif à la diffusion de The Queen’s Gambit (Le Jeu de la dame), la série de Netflix adaptée du roman éponyme de Walter Tevis paru en 1983. Le succès de cette fiction – une semaine après sa mise en ligne, elle est devenue la plus regardée des mini-séries sur Netflix – a pris tout le monde par surprise, y compris ses concepteurs. Kasparov y a contribué en tant que consultant, afin de s’assurer de la crédibilité des parties montrées à l’écran, de la façon de se comporter des joueurs en compétition ainsi que de l’emprise du système soviétique sur Vasily Borgov, le personnage de champion du monde sortant.

« Je suis content d’avoir participé à cette aventure, raconte-t-il. Le livre est un mythe et nombreux sont ceux qui ont voulu l’adapter sans y parvenir. Scott [Frank, le producteur]a compris qu’un long-métrage ne suffisait pas et qu’il fallait faire une série. On s’est bien amusés, mais jamais nous n’avions imaginé un tel succès. C’est bien, parce que cela change l’image des échecs qui, jusque-là, dans les œuvres de fiction étaient associés à des génies torturés et à la limite de la folie. Là, c’est le contraire : les échecs sauvent l’héroïne de la folie et de ses addictions. C’est une histoire de rédemption. »

Il est impossible de savoir si la série aura un impact à long terme sur la popularité des échecs et sur la féminisation d’un univers resté encore très masculin, mais Kasparov a noté une hausse du nombre de spectateurs sur les chaînes Twitch consacrées à la retransmission des compétitions en live.

Quand on lui demande s’il joue encore aux échecs, il répond qu’il « pousse du bois », comme le capitaine Achab, le héros de Moby Dick, répondrait qu’il taquine la truite s’il avait pu prendre sa retraite. Kasparov ajoute, avec un fond d’épouvante tapi au creux de la voix : « Les échecs, c’est mon oxygène, ils m’ont tout donné. Je ne pourrai jamais m’en passer. Mais la compétition, c’est à part. Cela ne laisse la place à rien dans votre vie. Il faut une motivation absolue, l’obsession du jeu et la volonté permanente de gagner, d’écraser votre adversaire. C’est une guerre. » Le Russe s’est astreint à cette discipline de 1980 à 2005, date de son arrêt de la compétition. Pendant cette période, il a été champion du monde de 1985 à 2000.

Dans le monde de 2021, il semble un anachronisme : cet homme, dont le nom est associé à la guerre froide, à la perestroïka et aux derniers feux de l’URSS, n’a en fait que 58 ans. Il n’a plus la tignasse noire et rebelle de ses débuts, mais son visage, un mélange de Ben Gazzara et d’Aznavour en plus poupin, ne porte quasiment pas de rides. Moins grand qu’on imaginait, il a une carrure de boxeur ou de lutteur. Car, à haut niveau, les échecs sont un sport de combat.
Ses matchs contre Anatoli Karpov, son archi-rival des années 1980, l’enfant chéri du système soviétique qui ne lui pardonnera jamais de l’avoir détrôné, sont entrés dans les annales.

« Je ne pense pas que j’étais un opposant au système soviétique au départ, raconte-t-il. J’ai adhéré au Parti [communiste] comme tous ceux qui voulaient accéder aux compétitions internationales. Mais, à un moment, j’ai compris qu’ils ne voulaient pas de moi. Est-ce que c’était à cause de mes origines [son père était juif et sa mère arménienne], je ne sais pas. Je pense plutôt que Karpov était le numéro un dans leur esprit et que je dérangeais leurs plans. » Il voue à Karpov un mélange de haine et de mépris qui ne s’est pas dissipé avec le temps : « Il est aujourd’hui député à la Douma, toujours le même, toujours aussi soumis au pouvoir quel qu’il soit. »

Depuis, Kasparov s’est bien rattrapé en matière d’opposition. Adepte enthousiaste de la démocratie et du capitalisme à la chute de l’URSS, en 1991, il est devenu un opposant déclaré à Poutine à partir de 2007. En 2013, il a quitté la Russie « pour raisons de sécurité » et n’y a pas remis les pieds depuis, pas même pour la mort de sa mère, l’année dernière. « Quand j’ai refusé de me rendre dans un consulat russe pour renouveler mon passeport en 2016, on me disait : Garry, tu es parano, tu exagères. Je pense que la suite m’a donné raison. » Toujours actif dans l’opposition, il soutient Navalny et tous ceux qui pourraient renverser Poutine, qu’il ne voit aujourd’hui pas seulement comme une malédiction pour la Russie, mais comme « un danger pour la démocratie » dans le reste du monde. « Les Européens creusent leur propre tombe en lui achetant son gaz. Je ne comprends pas ces gens qui l’idolâtrent en Occident. Qu’ils aillent vivre en Russie, s’ils sont fatigués de la démocratie ! »

Une passion pour les « machines »
Kasparov partage son temps entre New York et la Croatie, dont il est citoyen d’honneur. Il vit avec sa troisième femme, Dasha, et ses deux derniers enfants (sur quatre), Aida et Nickolas, qui semblent tous tout droit sortis d’une nouvelle de Tchekhov : épouse aristocratique et évanescente, petit garçon en culotte de velours, belle-mère dans les bagages.

À part les échecs et la politique, sa troisième passion sont les « machines ». Depuis que l’ordinateur Deep Blue l’a battu, en 1997, Kasparov a digéré et réfléchi à l’interaction entre intelligence artificielle et êtres humains. Il y a consacré un livre, Deep Thinking. Where Machine Intelligence Ends and Human Creativity Begins (2017, non traduit). 
En résumé, il ne supporte pas les discours alarmistes sur l’intelligence artificielle qui pourrait, à terme, remplacer les humains. « Les machines sont meilleures que nous car elles ne font pas d’erreurs. Mais ce qu’on attend d’un humain, ce n’est pas cela, c’est de l’imagination, des émotions, de la conscience. Les ordinateurs ne décident de rien, ce sont ceux qui les utilisent qui prennent les mauvaises décisions. Le danger qui nous attend, ce n’est pas que les machines nous remplacent, c’est que nous nous mettions à réfléchir comme elles. Mécaniquement. » Un apéro avec Kasparov, c’est un sport qui se joue à deux. Et, à la fin, c’est toujours lui qui a le dernier mot.

Christophe Ayad


Franxis, le
Intéressant . Merci.


Krusti, le
Toujours intéressant d'avoir des nouvelles du "géant".
Juste pour le débat je m'étonne toutefois de l'absence d'évolution dans son jugement sur l'IA (sur la base de cet article, je n'ai pas lu "deep thinking").
Nous n'en sommes plus à l'époque où nous pouvions dire "C'est toujours l'homme qui décide" ou bien "derrière la machine c'est le programmeur qui est le Roi".
Ce temps me parait bien révolu.


Krusti, le
Et dans libé aujourd'hui...
Début et fin
Milieu


"Il vit avec sa troisième femme, Dasha, et ses deux derniers enfants (sur quatre), Aida et Nickolas, qui semblent tous tout droit sortis d’une nouvelle de Tchekhov : épouse aristocratique et évanescente, petit garçon en culotte de velours, belle-mère dans les bagages."

Un petit côté Fanny Ardant, son épouse. On l'imaginerait assez bien envoyer à Poutine une lettre dans le ton de celle, fameuse, de Truffaut à Godard.


ArKheiN, le
Je pensais qu'il ne détestait plus Karpov avec le temps, surtout quand ce dernier lui a rendu visite en prison après son arrestation. Je trouve qu'il se donne trop d'importance niveau politique (je doute même que Poutine fasse si attention à lui, et s'il avait pu avoir "un accident", Kasparov l'aurait eu depuis longtemps...


Kasparov, toujours égal à lui même ! passionnant à écouter, passionné dans tout ce qu'il fait, agaçant par ses outrances, agaçé par ceux qui ne partagent pas son point de vue ...
j'aime beaucoup l'article, très bien écrit ! l'image du captain Achab taquinant la truite .. magnifique !


Renan, le
Ouais bof l’article surtout l’entame,qui est champion du monde de surf,de tennis de table, du 100m etc...,d’un sport mineur en général ?
Peu de monde est capable de répondre à cette question ( à part le foot ou le rugby?)...
Ensuite l’article c'est juste un peu d’histoire qu'un joueur d'échecs de club connaît parfaitement...c'est juste de la promo suite à la sortie de cette série sur netflix que certains s’intéressent aux échecs???
Il y a quelques temps il y avait eu cette interview de Mr Bordi par un journaliste pitoyable et là le journaliste du Monde nous surine avec des vieux trucs...
Et puis franchement, savoir avec qui il vit, on s’en fiche,non? ( on voit là la qualité du journaleux)...


Orouet, le
@Renan, JE veux savoir qui couche avec qui et surtout dans quelle position !
sinon, à quoi bon vivre ..


Fox, le
Renan est bien mal embouché


Renan, le
J'ai relu les 2 articles parce que bon Libération et Le Monde se sont deux grands journaux quand même...
MR KASPAROV a donc obtenu un passeport croate (vous savez ce petit pays de l’ex Yougoslavie qui a perdu en finale de coupe du monde 2018) en mars 2014,alors que la France ce pays soit disant des droits l’homme ne l’a pas fait (normal faut pas embêter deux qui étaient au pouvoir en 2014.)

..dans l’article du Monde ce n’est pas indiqué,dans libération non plus; vous parlez d’un travail de "journaliste"...mais bon faut pas choquer...
Mais bon sinon on apprend que MR KASPAROV a le boulard...tsss...


ricou, le
Bah alors Ernest ? Qu'est ce qui ne va pas ?


Fox, le
Kasparov a appris les échecs avant douze ans. Lui.




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