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Une petite balade avec Irving Chernev par Krusti le  [Aller à la fin] | Actualités |
Je post ce sujet dans la rubrique Actualités puisqu'il s'agit d'une parution récente.
"Les parties d'échecs les plus instructives jamais jouées. (BoD) Dépôt légal Septembre 2022.
Titre original "The most instructive games of chess ever played: 62 masterpieces of modern chess strategy. Première édition en langue anglaise éditée par les Éditions Simon and Schuster, New-York, 1965.
Mon propos ne sera pas de copier/coller l'ensemble des parties qui constituent une des bases du livre, loin s'en faut, mais d'en extraire quelques éléments pour en éprouver la qualité.
Commençons par la dédicace:
À ma chère épouse
Les échecs, comme l'amour, sont contagieux à tout âge.
Salo Flohr


Krusti, le
La partie N°3 oppose Boleslavsky à Lisitsin à Moscou 1956.
Le thème en est "Avant-Poste du cavalier en d5", c'est connu, classique mais la manière dont les Blancs vont obtenir cette case pour leur cavalier l'est un peu moins...
...il (lui) faut se débarrasser des deux pièces adverses qui contrôlent cette case: un Fou et un Cavalier. Il attire le Fou par le sacrifice d'un pion et se débarrasse du Cavalier en le clouant et en le forçant à s'échanger.

Tout commence au 15° coup à jouer (diag) 15.c4!




15.c4 est un très joli coup mais l'idée est un peu gâchée à cause de l'existence de l'alternative 15.Cc7 qui aurait gagné une qualité rapport à la menace d'enfermement de la Dame par 16.Fb5.


Krusti, le
C'est tout à fait vrai grandesorciere et beaucoup plus accessible comme coup. IC n'en parle pas.
15.♘c7 est du reste le meilleur coup de l'ordi qui ne place même pas c4 dans son top 5.
Mais je crois néanmoins que l'intérêt pédagogique reste intact (quoiqu'un peu gâché c'est certain).


Le fait est que, typiquement, je ne pense pas qu'un moteur d'analyse puisse apprécier un coup comme 15.c4 à sa juste valeur. En tout cas, sur 15.Fxc4, l'idée justifiant le sacrifice de pion dépasse son horizon de calcul.


Chemtov, le
Très bizarre, effectivement...

_ ''LA'' partie (de cette période) avec la création du pion faible arriéré en d6, dans une structure de sicilienne avec g6 puis e5 (*)
_ avec une méthode inhabituelle pour parvenir à la poussée c4 (pour fixer d5) (**)
_ avec une installation d'un cavalier au centre et l'échange des bonnes pièces (***)
_ pour finir par la chute de d6 (****) c'est :

Smyslov- Denker, 1946

1.e4 c5 2.Cc3 Cc6 3.g3 g6 4.Fg2 Fg7 5.d3 e6 6.Fe3 Cd4 7.Cce2 d6 8.c3 Cc6 9.d4 cxd4 10.Cxd4 Cxd4 11.Fxd4 e5 (*)

12.Fe3 Ce7 13.Ce2 0-0 14.0-0 Fe6 15.Dd2 Dc7 16.Rfc1 f5 17.c4 fxe4 (**)

18.Cc3 Cf5 19.Cxe4 Cxe3 20.Dxe3 h6 21.Td1 Tfd8 22.Tac1 Tac8 23.b3 b6 24.Cc3 De7 25.Fd5 Rh7 6.Fxe6 Dxe6 (***)

27.Td3 Tc7 28.Tcd1 Tf7 29.Ce4 Ff8 30.Td5 Dg4 31.T1d3 Fe7 32.Cxd6 (****) etc... 1-0 (52ème coup)

La fin est aussi intéressante, mais c'est un autre sujet. En plus, c'est une partie qui a un intérêt théorique pour l'ouverture.


En effet, aussi bien le joueur (Boleslavsky) que le commentateur (Chernev) ont loupé l'enfermement de la Dame par Fb5. Dans ces vieux livres, il y a assez souvent des failles tactiques dans les analyses et les ordinateurs sont évidemment impitoyables.

Cette partie met pourtant aux prises deux joueurs considérés comme extrêmement forts, surtout Boleslavsky, qui figure dans la toute première volée des récipiendaires du titre de grand maître en 1950. Cette partie s'est jouée aussi durant une compétition mythique : le Championnat d'URSS 1956.

Les ordinateurs sont clairement des briseurs de mythes !

Sinon, je vois qu'un autre commentateur (Israel Gelfer) aurait suggéré dans un de ses ouvrages que la variante qui offrirait selon lui la meilleure chance de brouiller les cartes pour les Noirs après 15.Cc7 serait 15...Dc6 16.Cxa8 d5 (cf. la discussion: https://www.chessgames.com/perl/chessgame?gid=1257953).


Chemtov, le
@pascal.echecs : ''et les ordinateurs sont évidemment impitoyables.'' ''Les ordinateurs sont clairement des briseurs de mythes'', etc...

Mais il n'y a pas besoin d'un ordinateur pour voir cela. Et tout le monde fait des gaffes.

Après... les publier... ce n'est pas malin !

Je me rappelle ainsi d'un voyage en train, en Allemagne, avec le GM Gavrikov, lors d'un week-end de Bundesliga.
Je regardais des parties dans le dernier Informateur. Et soudain, j'ai eu des doutes sur un coup, vu dans une partie entre deux forts grands maitres. J'avais l'impression qu'un des joueurs pouvait profiter soudain d'une attaque de mat. J'ai encore cherché à comprendre pendant un bon quart d'heure. Puis je suis allé demander à Gavrikov (en interrompant en même temps sa lecture d'un autre livre d'échecs).

Je lui ai montré la position qui m'intriguait et je lui ai demandé : ''les blancs ne gagnent-ils pas ici ? ''. Il a regardé pendant à peine quinze secondes et a répondu ''Oui. C'est mat en cinq''. Puis, il a repris tranquillement la lecture de son livre. Sans étonnement, sans autre commentaire ! Normal...

J'étais scié !
1) L'Informateur publiait une partie avec des fautes fatales, non signalées.
2) Un fort grand maître commet un énorme faute, carrément perdante, et son adversaire, aussi fort, manque cette opportunité de gagner.
3) Un autre fort GM, à qui je montre la partie, n'est absolument pas surpris.

D'un côté, cela m'a beaucoup rassuré pour les matchs que j'allais jouer contre des GMs !

Bon... en fait, il faut se dire qu'on voit toujours des sélections de parties des champions. Les meilleures. Mais il existe aussi de mauvaises parties (certes très rares) avec des gaffes de ces champions (et que normalement on ne devrait pas publier ! Comme a fait inversement Chernev).


Julo62, le
15.Cb5 est plus clinique, mais en ayant vu la belle conception jouée (et qui ne comporte pas grand risque pour les Blancs), Boleslavsky n'a-t-il pas choisi de jouer 15.c4?


Et au passage, en cliquant juste certes, mais quand même et en ne jouant que des coups normaux, j'ai réussi à perdre en 5 coups, avec les Blancs, après 15. Cc7 :
15 ... a6
16. Cxa8 ; Txa8
17. Dxd6 ; Tc8
18. Td2 ; Ff8
19. Dxe5 ; Cd7
20. Dd4 : Da5
21. Fe2??

Pour ce qui concerne la pédagogie ;-) effectivement, ce n'est pas donné à tout le monde, et je trouve Smyslov plus net :-)


Julo62, le
@ pascal.echecs,

Pourquoi mythique pour l'édition de 1956?
(Celle de 1955 qui fait office de zonal a un plateau encore plus impressionnant.)

Si c'est pour la victoire de Mark Taïmanov, ok ;-)


@Chemtov Pourquoi ne faudrait-il publier que les parties parfaites ? Pourquoi les parties (de champions) comportant des gaffes ne devraient-elles pas être publiées ?

Votre petite anecdote avec l'informateur et le GM Gavrikov montre au contraire que vous avez appris une chose très importante : les champions (et les commentateurs) peuvent aussi commettre des gaffes ! D'un point de vue pédagogique, le fait que cette partie erronée ait été publiée dans l'Informateur a donc été très bénéfique dans votre carrière de joueur d'échecs.

Info en primeur : je suis en train de préparer une traduction de Botvinnik dans laquelle (entre autres) le patriarche soviétique "détruit" littéralement les analyses de Fischer, le kid de Brooklyn, publiées dans son fameux "Mes 60 meilleures parties" concernant leur célèbre partie à Varna en 1962. Botvinnik conclut son commentaire en reprochant à Fischer sa négligence d'avoir laissé publier des analyses qui comportent autant d'erreurs. C'est assez amusant à lire... et, naturellement, le plus "pédagogique" est qu'en corrigeant Fischer, Botvinnik introduit lui-même parfois de nouvelles erreurs dans ses propres analyses si on les passe à la moulinette impitoyable du "dieu" informatique.

Le plus intéressant dans les vieux livres d'échecs est, paradoxalement, peut-être les erreurs, les oublis et les non-dits qu'ils comportent très souvent.


@Julo62 Pour moi, le fameux Championnat d'URSS avait quelque chose de "mythique" en lui-même... une sorte de Graal ;-)


Julo62, le
@ Krusti, mes excuses pour la pollution du sujet.

@ pascal.echecs,

Ok !
Néanmoins, il y a mythe et mythe ;-)
Assurément, les longs tournois fermés des années 50/60 sont parmi les plus forts championnats nationaux jamais joués, mais certains brillent peut-être un peu plus, en 1955, par exemple, alors que le tournoi qualifie pour le cycle de championnat du monde, il y a : Botvinnik, Smyslov, Petrossian, Spassky, Geller, Taîmanov, Averbakh, Kotov, Keres, Kortcnhoï (4 champions du monde, tous candidats, et 23 championnats d'URSS !!)

(J'étais amusé de constater qu'il y a beaucoup moins de parties non disputées que l'image que je m'en faisais)

Et Geller gagnait le titre dans la 7ème (!!) partie du match de départage face à Smyslov, dans une Est-indienne Sämish de rêve pour les Noirs.
La partie a déjà bien tourné vers le bon côté, mais les Noirs transforment et accroissent leur avantage :
(Avant le 24e coup des Noirs)




Krusti, le
L'historicisation de ce genre de livre sera intéressante (elle l'est déjà en fait). On pourrait imaginer un système de notes de bas de page mettant en évidence l'évolution des estimations ou mieux les variantes indiscutables "trouvées" depuis.... bref.
Mon attention s'arrête maintenant sur la partie N°8 "La phalange de pions".
Petrossian Corral Montevideo 1954.
Je choisis cette partie car le moment 17.♕d2! (à venir sur le diag) est particulièrement intéressant et je crois pédagogique dans ces implications.
Le commentaire d'IC
Un coup magnifique ! La menace des Blancs de gagner le Cavalier coincé par 18.g4 force l'échange de Dames. Bien que les forces soient alors réduites, Petrossian parvient malgré tout à lancer une attaque d'une manière assez instructive




Je possède ce livre depuis plusieurs mois , mais je n'ai pas eu encore le temps de l'étudier, je l'ai juste feuilleté et il m'a fait très bonne impression : les parties me semblent bien expliquées et les commentaires parfaitement adaptés à mon niveau d'amateur.

Il me semble que tout l'intérêt de ce genre de livres d'échecs est d'apprendre au lecteur à réfléchir devant l'échiquier....

Ce qu'AUCUN logiciel à 3500 elo n'est capable de faire avec toute son intelligence superficielle ( et pas artificielle)...

Cela me semble une perte de temps de mouliner avec un moteur toutes ces parties historiques de champions légendaires , dans le seul but de prouver qu'un logiciel à 3500 elo est plus fort que Botvinik, que Petrossian, que Tal, que Spassky , que Fischer etc....
Cela Kasparov , Kramnik , et Carlsen le savent déjà depuis longtemps...
( et tous ces GMI exploseraient sur l'échiquier tous ces imposteurs qui expliquent avec Fritz ce que ces champions auraient dû jouer...

Ce livre tout comme ceux de Max Euwe ou O'Kelly ou Bronstein ( Zurick 1953) sont irremplacables pour un lecteur humain... et certainement bien plus utiles pour progresser que Fritz ou Stockfish dont même les GMI ne peuvent prévoir les coups inhumains.


Chemtov, le
@pascal.echecs, le 31/08/2023 10:50 : Je n'ai pas dit qu'il ne fallait publier que des parties parfaites. On peut publier des grosses fautes, bien sûr. A condition de les avoir vues au préalable.
Là, il aurait été judicieux de commenter à partir de c4. En écrivant peut-être ''ici les blancs pouvaient gagner la qualité, etc...'' ''mais ils redoutèrent peut-être un contre-jeu noir par Dc6 suivi de d5''.

Concernant les commentaires erronés, je savais évidemment déjà que les champions (et les commentateurs) pouvaient aussi commettre des gaffes. Ce qui m'étonnait, c'est qu'on ne vérifiait pas leurs écrits ! (exercice facile puisque Gavrikov, en quelques secondes, et moi en quelques minutes, avions repéré l'erreur).

Et concernant ''le fait que cette partie erronée ait été publiée dans l'Informateur a donc été très bénéfique dans votre carrière de joueur d'échecs''. Oh la la ! Je n'ai jamais pensé avoir fait une carrière de joueur d'échecs.




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