Garry Kasparov et le "comité 2008" contre la démocratie "paravent" de Poutine
MOSCOU, 20 jan (AFP) - Des personnalités libérales, unies derrière l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov pour obtenir la tenue d'élections libres en 2008, ont assuré mardi que la présidentielle de mars prochain est une "farce" jouée d'avance et camouflée derrière une démocratie factice sous Vladimir Poutine.
Ils ont créé le "Comité 2008" pour tenter d'organiser dans 4 ans une élection "libre et honnête" et empêcher, disent-ils, le président Poutine de prolonger son règne au-delà de 2008.
Kasparov mène la fronde
"L'élection de 2004 se transforme en farce" et "la démocratie n'est plus qu'un paravent pour couvrir l'arbitraire du pouvoir", a déclaré Garry Kasparov, président du Comité 2008 lors d'une conférence de presse.
Le premier mandat de Vladimir Poutine, élu en mars 2000, a été marqué par l'instauration de la "démocratie dirigée", avec pour résultat la mise au pas des régions, l'élection d'une Douma docile, la fermeture de toutes les télévisions nationales indépendantes et l'incarcération du patron du groupe pétrolier Ioukos Mikhaïl Khodorkovski, trop puissant et jugé déloyal au Kremlin.
"L'élection de 2004 est une farce"
Avec une cote de popularité de 80% et aucun adversaire sérieux, la réélection de Poutine en mars prochain ne fait aucun doute.
Et le contrôle de la Douma (chambre basse du Parlement), où le parti pro-Kremlin Russie unie détient une majorité des deux-tiers, permet à Vladimir Poutine d'amender s'il le veut la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat ou faire passer la durée du mandat présidentiel de 4 à 7 ans.
Le président a démenti tout projet de révision de la loi fondamentale mais de nombreux commentateurs craignent qu'il ne "cède" plus tard à des "demandes du peuple".
Selon Garry Kasparov, il n'y a plus rien à faire pour la présidentielle 2004 mais le comité espère faire en sorte que les électeurs entendent "plusieurs voix", dont celles qui critiquent le pouvoir, et qu'il n'y ait plus de sujets "tabou" comme la guerre en Tchétchénie.
"Ce sont les prix du pétrole (élevés et garantissant la stabilité économique du pays), et la censure qui prédéterminent les résultats a pour sa part déclaré le leader du parti libéral SPS Boris Nemtsov, membre du comité.
L'objectif principal est donc de mener "un travail civilisateur" et de rappeler aux Russes que la démocratie "ne sert pas seulement pour Strasbourg (pour faire bonne figure devant le Conseil de l'Europe) mais aussi pour la vie quotidienne" en Russie, a ajouté le journaliste et ancien auteur des "guignols" russes à la télévision, Viktor Chenderovitch, également membre du comité.
"Le retour de la Russie tsariste et soviétique"
Le même jour, le député libéral indépendant Vladimir Ryjkov, dont le nom avait été évoqué en décembre par les libéraux pour une candidature à la présidentielle, avant que ne se présente à titre indépendant l'un des leaders de SPS, Irina Khakamada, a déclaré que la démocratie était "pratiquement détruite" en Russie.
L'emprise totale sur la Douma du parti Russie unie, qui préside notamment les 29 commissions parlementaires, est "une sorte de coup d'Etat", a-t-il déclaré dans une interview au quotidien Novyé Izvestia mardi.
Son adversaire idéologique Sergueï Glaziev, leader du parti nationaliste de gauche La Patrie, et candidat à la présidentielle, a de son côté estimé que la chambre basse n'était plus aux mains des députés, mais dans celles "des bureaucrates", et était devenue un "quasi-ministère d'entérinement des projets de loi".
"Tout ce qu'il y avait de plus obscur dans la Russie tsariste et soviétique gagne" du terrain dans la Russie de Vladimir Poutine, selon Vladimir Ryjkov, et les législatives ont montré que les valeurs chères aux Russes sont maintenant "militarisme, chauvinisme, impérialisme, nationalisme et socialisme".
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