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réf fraste02 Voici la critique parue dans l'Express du 27 juin 2002 sous la signature de François Busnel lLe Huit Katherine Neville éd. Le Cherche Midi Trad. par Evelyne Jouve. 708 pages Pour l'été, c'est le succès assuré: le thriller ésotérique, genre complexe et subtil, est de plus en plus prisé par un public exigeant et lettré. Depuis quelques années, les émules d'Umberto Eco se bousculent au portillon, mais rares sont ceux qui parviennent à imposer un style et un rythme. Invariablement, on retrouve les mêmes ingrédients: une trame historique, un zeste de philosophie, quelques considérations théologiques et une bonne dose de suspense. L'Américaine Katherine Neville applique à la lettre cette recette dans un roman magistralement construit. Le Huit est un monstre architectural: 700 pages pour élucider le mystère de l'abbaye de Montglane, avec moult allers-retours dans le temps, entre l'Europe de Charlemagne et le New York des seventies, en passant par le Paris de la Révolution française. Bref, le type même du livre fabriqué pour séduire un public en quête de sens. Et ça marche! L'abbaye de Montglane recèle un inestimable trésor: un jeu d'échecs qui fut confié aux nonnes par Charlemagne et dont on murmure qu'il serait porteur d'une force démoniaque. Lorsque les révolutionnaires imposent la confiscation des biens du clergé, l'un d'eux, le cynique prince de Talleyrand, tente par tous les moyens de mettre la main sur les pièces du jeu d'échecs. Pour l'en empêcher, l'abbesse de Montglane charge huit de ses religieuses de les disperser. C'est le début d'une aventure machiavélique dans laquelle se croisent Robespierre, Marat, Bonaparte, ou encore les fantômes de Richelieu, de Voltaire et de Jean-Sébastien Bach. Un thriller ambitieux et palpitant, qui réactualise les grandes légendes moyenâgeuses et fait de la quête du Graal un tragique problème contemporain.
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