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| Pour nous détendre des cerfs-volants... par ins4318 le
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Connaissez-vous cette partie ? Il s'agit de la 18e partie du match Botvinnik-Petrosian (1963).
Après 14 parties, le score est de 7-7 (+2 -2 =10). Petrosian remporte la 15e partie et suivent deux nulles. Le score est donc de 9-8 en faveur de Petrosian, à l'entame de cette partie.
Botvinnik, avec les blancs, joue prudemment pour le gain : il a appris à se méfier du "réveil du tigre" quand on va trop loin dans l'attaque. C'est un gambit-dame, variante d'échange (1.d4 d5 2.c4 e6 3.Cc3 Fe7 4.cxd5 exd5 5.Ff4 c6 6.e3 Ff5 7.g4 !?). Après de longues manœuvres, les joueurs ajournent dans la position suivante (dernier coup noir : 40....Td7)

Dans ses commentaires (NIC, octobre 1984, à l'occasion du décès de Petrosian), Timman soulève une question intéressante : celle de l'évolution du jugement d'une position. A l'époque, Bronstein, Tal, Flohr et Botvinnik lui-même estimaient que les blancs étaient un peu mieux, en raison de leur duo de pions centraux, facteur surestimé à l'époque, selon Timman. Petrosian était persuadé du contraire : ce centre ne peut rien menacer et il y a des faiblesses permanentes en b3 et h3. Ce serait bien le diable si les cavaliers noirs ne parvenaient pas à trouver de bonnes cases... Mais l'avantage est minime.
Timman ajoute qu'il est persuadé que si on demandait en 1984 à Bronstein et Tal de juger cette position, ils préféreraient à coup sûr les noirs...
A partir du diagramme, la partie se poursuivit (ponctuation par Timman) :
41.Fc2 (le coup sous enveloppe de Botvinnik) 41....Ff7 42.Cfe3? c5! 43.d5 Ce5 44.Tf1? Fg6 45.Re1 Cc8 46.Tdf2 Tf7 47.Rd2 Cd6
Pour Petrosian, cette position est aussi décisive qu'une attaque de mat imparable.
48.Cf5 (sinon, perte de pion) 48....Fxf5 49.exf5 c4 50.Tb1 b5! (avec grosse initiative) 51.b4 (seule "chance") mais 51....c3! 52. Rxc3 Tc7 53.Rd2 Cec4 54.Rd1 Ca3 55.Tb2 Cdc4 (des cavaliers terroristes !) 56.Ta2 axb4 57.axb5 Cxb5 58.Ta6 Cc3 59.Rc1 Cxd5 60.Fa4 Tec8 61.Ce1 Cf4 et abandon de Botvinnik dans cette position :
Timman écrit que c'est une des parties les plus impressionnantes qu'il ait vues.
J'avais envie de la poster pour deux raisons :
D'abord parce je trouve que les parties de Petrosian sont injustement méconnues ;
Ensuite parce qu'elle illustre bien l'évolution des conceptions dans le jugement d'une position (la position ajournée). Le jugement de Petrosian l'a emporté (et il a refermé l'ère Botvinnik en remportant ce match) parce que, je crois, plus dynamique que celui de son prédécesseur.
Les champions qui ont succédé à Petrosian ont chacun amené de nouvelles conceptions positionnelles, avec il me semble une évolution constante vers plus de dynamisme dans le jugement.
Aujourd'hui, dans les parties au top niveau, on voit des positions très difficiles à évaluer aux dires des joueurs eux-mêmes, comme s'il y avait une déconstruction du jugement positionnel tant on joue dynamique (influence des logiciels ?).
Curieux de vos réactions, à cette vieille partie et à mes considérations oiseuses ;-)
Zut, je voulais ajouter deux diag mais apparemment, c'est un seul par article ?! Les ajouterai plus tard.
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5 diagrammes par articles mais avec les balises diag et /diag, sinon un seul au format FEN.
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OK, merci Reyes, j'ai dû me planter dans les balises alors.
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Voici donc le premier diagramme manquant : Après 47....Cd6 :
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Et le second, la position finale :
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Merci Alobert d'attirer notre attention sur cette partie. On a souvent à l'esprit l'image d'un Petrossian manoeuvrier mais on oublie un peu vite, ses attaques splendides et ses sacrifices de pions. Un joueur bien plus complet qu'on ne le croit d'ordinaire. Toujours avec les noirs sur un gambit Dame (variante d'échange) Petrossian a gagné une magnifique partie contre Bobotsov à Lugano en 1968. La façon dont le jeu des Blancs à l'aile Dame est contrôlé et la façon dont le contre-jeu noir à l'aile roi se développe est admirable et un modèle du genre. Un très grand artiste et un esthète des échecs...
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