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| Trompettes de la renommée par El cave le
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Le fil en cours sur le championnat féminin m'a poussé à une méditation sur l'influence de la renommée dans la trajectoire d'un joueur (ou d'une joueuse, en l'occurrence !).
Ce sujet est d'autant plus dans l'air du temps qu'il en est aussi question dans l'interview de Kramnik sur chessbase à laquelle un autre fil est consacré. Il y dit en substance que le rajeunissement de l'élite (les records de précocité sont battus très fréquemment, un GMI de seize ans devient quasiment une banalité, même si bien sur l'augmentation du nombre de titrés offre une facilité accrue pour réaliser des normes)
Or, je me demande s'il n'est pas plus facile d'arriver soudainement à son meilleur niveau que de progresser lentement mais sûrement et si la précocité n'a pas desservi certains joueurs.
Je pense par exemple au cas de Leko : il a été très fort très jeune, favori de tous les championnats du monde - de 14, - de 16, etc, attendu comme le loup blanc, les adversaires qui souhaitent se préparer contre lui peuvent trouver à peu près tout ce qu'il a joué depuis l'âge de 10 ans sans difficulté je pense.
Dans un sens l'habitude d'assumer ce rôle de favori peut être considéré comme un avantage dans l'optique où le joueur qui aspire aux plus hautes destinées sait qu'il y sera souvent confronté une fois adulte si ses ambitions s'accomplissent, mais celà me semble à double tranchant : l'attente est permanente, l'usure du résultat à assurer fait son oeuvre précocement, le joueur ne se sent pas forcément autorisé à perdre pour maintenir un certain standing, d'où peut-être (et je pense ici toujours à Leko, mais aussi à Bacrot et d'autres) une propension à jouer solide, des positions arides où ils peuvent espérer faire parler leur compréhension supérieure du jeu sans grand risque de perdre.
Si tel est le cas, c'est un peu dommage mais ça me semble un écueil pas facile à éviter. A tel point que j'en viens à me demander si ce n'est pas handicapant d'avoir des résultats trop vite.
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Moi ça m'arrangerais....(de progresser lentement mais sûrement) vue ma trajectoire je serai champion du monde en 2043 à l'âge de 85 ans!!
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je suis tout à fait d'accord c'est pourquoi, en ce qui me concerne, j'ai fait le choix d'une stagnation tardive en lieu et place d'une progression précoce, je l'entretiens avec soin, et le résultat est là:
- point d'aridité, mes parties fourmillent de pointes spectaculairement juteuses pour le kibbitz doté du sens de l'humour adéquat
- risque de perdre toujours présent et souvent vérifié
- concept de solidité rarement présent, et toujours par inadvertance
- quant à l'usure du résultat à assurer, personne n'ayant jamais eu le manque de clairvoyance d'en attendre de ma part, elle reste l'apanage de mes adversaires
N'ayant jamais perdu de tournoi à la dernière ronde sous la pression, je crois que la démonstration est convaincante.
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si la théorie est bonne je suis promis a un bel avenir je pourrai jouer les long couteaux avec Orouet, mais en retrait car je pars de plus loin, et je réalise tout à coup que je suis plus âgé! enfin, si elle s'applique bien, cette théorie de l'expansion continue, va expédier le champion tardif, hors d'atteinte de tout outsider. Trompettes de la renommée , vous êtes bien mal embouchées! sympa ce post! et poétique!
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tiens, je remonte ce fil la question me semble toujours pertinente.
On peut en ajouter une autre, le développement de l'outil informatique ne contribuerait-il pas à une uniformisation du style chez les jeunes joueurs basée sur une préparation très poussée à dominante tactique et de grandes capacités calculatoires ?
En y réfléchissant récemment, je me demandais par exemple si un Tal ferait carrière aujourd'hui ? Et même s'il serait autant attiré par les échecs ?
Entendons nous bien, Tal est quelqu'un d'extrêmement doué, ce qui va sans dire, mais je me demande par là si sa créativité et son côté joueur (au sens gambler) ne seraient pas brimés par les analyses rybkaiennes ou fritziennes.
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Tu ne nous ferais pas une petite deprime ? A tout hasard ?
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Oui, El cave, on dirait bien que l'utilisation des logiciels uniformise le style. Dans une interview, Cheparinov parlait d'un style "concret", signifiant par là que des suites qui auraient été écartées "au pif" il y a 25 ans parce que trop complexes ou positionnellement horribles, sont aujourd'hui préparées à l'aide des logiciels.
C'est en gros ce que Korchnoï déplorait de manière un peu euh, à la Korchnoï quoi, lors d'une interview (tournoi jeunes joueurs contre vétérans si je me souviens bien).
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c'est qu'il est renommé le pif en trompette de Korchnoy...
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Vous êtes bien mal embouchés Il me semble que Topalov a connu la même trajectoire que Leko c'est à dire très bon très tôt (il avait déjà 2495 lorsque je l'ai joué aux championnats du monde jeunes en 1990), favori dans toutes les compétitions jeunes auxquelles il a participé. Mais il ne s'est jamais contenté d'assurer comme Leko mais a continué de progresser par paliers sans forcément se soucier des résultats.
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