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Initiation au mat en deux coups (2ème partie) par pessoa le  [Aller à la fin] | Problèmes |
Jeu apparent et jeu d’essai.


Dans le premier chapitre de ma présentation, nous avons vu les principales notions utiles (clés, défenses, variantes, menace, duals…) ainsi que des éléments d’ « esthétique ».
Venons-on maintenant à deux concepts particulièrement féconds en matière de composition : le jeu apparent et le jeu d’essai.

Définitions

Le jeu apparent est l’ensemble des coups qui seraient à la disposition des noirs s’ils étaient au trait dans la position du diagramme, avec les éventuels réponses blanches donnant mat. Le jeu apparent répond donc à la question : « et si c’était aux noirs de jouer dans la position initiale ? »
Les essais sont des tentatives blanches qui échouent sur une et une seule défense noire. Cette défense est appelée la réfutation de l’essai.
Par extension de ces notions, la clé, la menace éventuelle et les variantes forment ensemble ce qu’on appelle le jeu réel .

A quoi servent le jeu apparent et les essais ?

Tout d’abord, il convient de noter que ce sont des notions naturelles, issues de la pratique de la composition et de la résolution du problème.
En effet, le solutionniste sera souvent amené à considérer d’abord le jeu apparent pour déceler les meilleures défenses noires sur lesquelles il devra faire porter ses premières recherches (je parlerai de l’art de la solution dans le 3ème chapitre).
Quant aux essais, ils font à tout le moins partie du plaisir de résoudre : on croit avoir trouvé la solution, mais apparaît alors une défense inattendue qui repousse le moment où l’on a enfin trouvé la solution.

Mais, comme je l’ai déjà dit, le problème ne résume pas à une devinette plus ou moins difficile. L’aspect esthétique est essentiel. Progressivement, les compositeurs ont eu l’idée d’associer le jeu apparent et le jeu d’essai à la solution du problème, et à trouver des correspondances entre ces trois jeux. Le tout forme donc un ensemble thématique : le problème moderne (qu’il comporte ou non un jeu apparent et/ou un jeu d’essai) est en effet avant tout l’illustration plus ou habile d’une idée, d’un thème. Les quelques exemples ci-dessous permettront d’y voir plus clair sur ce que les problémistes appellent un thème.


Que peut-on faire avec le jeu apparent ?


Nous allons commencer avec un exemple simple, mais qui est déjà clair et esthétique :

Henry Bernard, Chess amateur, 1919

#2, jeu apparent (6+3)

(NDLA : on a l’habitude de présenter ainsi les problèmes d’échecs : en haut du diagramme, le nom de l’auteur, la source et la date de publication, éventuellement les prix remportés, très rarement un titre. En bas, l’énoncé et la mention d’un jeu apparent et/ou d’un jeu d’essai. Enfin, les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre de pièces blanches et noires, ça aide à vérifier que le diagramme est correct, et ça sert à classer les problèmes par « légèreté »)

Ici, le jeu apparent est sommaire puisque seul le cavalier noir peut jouer :
Sur tout coup de ce cavalier, on a 1… C joue 2 Df3# sauf sur :
1… Cg4 2 Df7 #
Donc tous les coups noirs avant la clé sont « pourvus » (c’est-à-dire que les blancs peuvent y répondre par un mat). On appelle cette situation un blocus complet. Par conséquent, il suffirait que les blancs jouent un coup « neutre » pour que ce jeu apparent se retrouve sous forme de solution. Malheureusement il n’existe pas de coup neutre (par exemple, un coup du roi permet b1=D+, repoussant l’échéance).

La solution est donc :
1 Da4 ! blocus (c’est-à-dire que les blancs ne menacent rien mais, hélas pour eux, les noirs doivent jouer)
Tout coup du cavalier mène au mat 1… C joue 2 Dd1# sauf, là aussi :
1… Cg4 2 De8#
Les mats sont différents de ceux du jeu apparent : on parle de mats changés. Un problème de ce type, comportant un blocus complet et au moins un mat changé est appelé un « mutate ». Il n’est pas nécessaire de le savoir pour apprécier ce problème, dont la clé est très élégante (elle semble éloigner du théâtre des opération une dame idéalement placée).

Je vous propose un autre mutate, plus complexe, pour fixer les idées :

Edouard Pape, 1er prix, Good Companion, 1923

#2, jeu apparent (7+11)

J’irai plus vite pour la solution.
Jeu apparent :
1… T joue 2 Dd2#
1… C joue 2 Cd4 #
1… d2 2 Txd2 #
Là encore, tous les coups noirs du jeu apparent sont pourvus, mais les blancs manquent d’un coup d’attente valable (presque tous les coups envisageables libèrent un pion noir). Les blancs doivent donc se résoudre à bouleverser la physionomie de l’échiquier avec la solution :
1 De5 ! blocus
1... Te4 ou Txe5 2 Cc3 #
1… C joue 2 Dxe3 #
1… d2+ 2 Cc3 #
1… Rd2 2 Db2 #
C’est donc encore un mutate, avec une clé superbe qui sacrifie la dame, permet un échec au roi blanc et donne une case de fuite au roi noir (clé ampliative).

C’est encore un chef-d’œuvre de l’époque classique (je vous gâte, n’est-ce-pas ?).
Je vous laisse reprendre votre souffle avant de passer à la suite


Que peut-on faire avec le jeu d’essai ?

Je me limiterai à un exemple ravissant dû au meilleur problémiste français (qui fréquente occasionnellement ces page, soit dit en passant)

Michel Caillaud, 2ème prix, probleemblad 1985

#2, jeu d’essai (6+1)

On a bien sûr envie de promouvoir ce pion, et ça donne lieu aux essais suivants :
1 d8=D ? pat (on admet que de se retrouver pat, pour les noirs, équivaut à une défense)
1 d8=T ? mais 1… Rb6 ! et pas de mat
1 d8=F ? mais 1… Rd5 ! et pas de mat
Reste une dernière promotion, la solution :
1 d8=C ! et on reprend, sous forme de variantes, les réfutations des essais :
1… Rb6 2 Fe3 #
1… Rd5 2 Th5 #

Le jeu réel et les essais, réunis, forment le thème du problème : les quatre promotions d’un même pion blanc.
Notons aussi que 1 Th5+ ?, par exemple, est aussi un essai selon la définition donnée plus haut (il n’est réfuté que par 1… Rb6), mais que cet essai n’apporte rien de nouveau, on peut donc l’oublier purement et simplement.
Bien entendu, il faut souligner l’extrême légèreté de la position (seulement 7 pièces), et un détail que j’apprécie beaucoup : les blancs disposent au départ d’un exemplaire unique de chacune des pièces disponibles.

Le jeu d’essai et le jeu apparent ne sont pas forcément disjoints, ils peuvent être réunis dans un seul et même problème. C’est de plus en plus fréquent dans le problème contemporain. Posons-nous ensemble la question :


Que peut-on faire avec le jeu apparent ET le jeu d’essai ?

La réponse est : des merveilles, bien sûr !
On commence par un exemple charmant et pas très difficile à résoudre, je vous recommande vraiment d’essayer de trouver par vous-même avant de lire la solution :

Roger Colas, la Bataille, 1946

#2, jeu apparent, jeu d’essai (6+7)

Voyons d’abord le jeu apparent. On commence à avoir l’habitude de ces blocus complets !
1… T joue 2 Cd2 #
1… C joue 2 Db2 #
1… b2 2 Ca3 #
1… d2 2 Dh7 #, mat qui n’est pas évident à voir, si vous avez eu mal à résoudre, je gage que c’est à cause de celui-là !

Les blancs sont à la recherche d’un coup d’attente, peut-être que le roi peut leur en fournir un ?
D’où les essais :
1 Rf6, Rf7 ou Rf8 ? échouent sur 1… Tf1 !
1 Rg6, Rh6 et Rh7 ? empêchent le mat Dh7 donc 1… d2 ! réfute ces essais
1 Rg8 ? mais 1… b2 ! un clouage inattendu !

Reste donc la solution :
1 Rh8 ! blocus
sur laquelle on retrouve les mats du jeu apparent :
1… T joue 2 Cd2 #
1… C joue 2 Db2 #
1… b2 2 Ca3 #
1… d2 2 Dh7 #

Pour changer, ce n’était donc pas un mutate ! Le thème est ici celui des différents essais d’une même pièce. Formellement, tout l’art de cette position est de justifier le choix d’un coup du roi blanc. Pour mater un roi noir en b2 il faut envoyer le roi blanc de g7 en h8 et pas ailleurs, quel paradoxe !

Le dernier paragraphe du chapitre est un peu plus costaud, il est réservé à ceux qui ont bien digéré ce qui précède. C’est une ouverture vers le problème d’échecs contemporain, né en Union Soviétique après la seconde guerre mondiale.

Les problèmes « à phase », ou une lecture moderne du jeu apparent, du jeu d’essai et du jeu réel

L’école moderne se distingue par le principe suivant : le jeu apparent, les essais et le jeu réel ne sont plus séparés, chacun forme ce qu’on appelle une « phase ». Le principe des thèmes modernes est de faire correspondre des coups (blancs ou noirs) d’une phase à une autres.
Voilà qui est bien abstrait ! Illustrons notre propos avec le problème suivant (devinez quoi ? C’est un chef-d’œuvre !).

Sergei Shedei et Eduard Livshits, 1er Prix, Pravda 1968

#2, jeu apparent, jeu d’essai (11+8)

On va s’intéresser tout spécialement à deux coups de la dame noire qui s’attaquent aux tours blanches, Dc5 et Dxa3.
Jeu apparent :
1… Dc5 2 Df5 #
1… Dxa3 2 Dxf3 #
Jeu d’essai :
1 C3g4 ? (menace 2 Cf2 #)
1… Dc5 2 Dxf3 #
1… Dxa3 2 Df4 #
Mais 1… Dxf7 ! réfute l’essai
Jeu réel :
1 C5g4 ! (menace 2 Cf2 #)
1… Dc5 2 Df4 #
1… Dxa3 2 Df5 #

On remarque que les coups matants en réponse aux deux défenses noires sont permutés, ils forment un cycle. Si on note Df5, Dxf3 et Df4 respectivement A, B et C, on a donc, dans les trois phases, un cycle AB-BC-CA.
Ce genre de « tour de prestidigitation », ici particulièrement bien mené, est une des pistes sur lesquelles les compositeurs de deux-coups travaillent encore aujourd’hui.

Pour finir, pour ceux qui aiment les mots longs en bouche et le jargon ésotérique : le thème présenté ici s’appelle « thème Zagorouïko cyclique ».


Post-scriptum : j’espère que ça vous a plu, parce que ça représente un sacré boulot d’écrire tout ça !
Et je ne m’en vais pas sans citer mes sources :
Le guide des échecs, N Giffard et A Biénabe, qui consacre environ 500 pages à la composition, une mine !
200 problèmes d’échecs, Camil Sénéca
Initiation au problème d’échecs, Jean Bertin
Bréviaire des échecs, X Tartakower (quelques pages éclairées sur la composition)
La revue Phénix.








dertasz, le
Merci merci merci Ca fait plaisir de se voir expliquer tout ca ... Merci encore !


le_gars, le
beau boulot !!!!!! 


merci beaucoup enfin un problème que je résous sans tâtonner !


Bravo, Pessoa ! Magnifique travail ! C'est simple, limpide, bien construit, complet et alléchant.


Espérons que ton article, joint à tous ceux qui ont déjà été écrits pour vulgariser d'autres aspects de la composition, absoudra définitivement la rubrique de l'accusation d'élitisme.

Personnellement je n'y crois plus trop, mais, bon...


@pessoa Merci. Au moins, j'ai l'espoir de ne pas mourir idiote...mais tout de même, je crois que j'en resterai là. La composition, c'est décidément pas mon truc, je préfère un bon blitz....mais bon, au moins j'auai glané quelques rudiments. :-)


blitz contre composition C'est vrai que pour aimer la composition ou les études, il faut aimer réfléchir un chouia.....

Tandis que pour jouer au blitz, il suffit d'être animé de bons réflexes pavlofien...
Ceci dit sans méchanceté aucune, bien sûr.....


Mon bon vieux pessoa Je te propose de reprendre tes articles de manière permanente sur mon site.....

Qu'en penses-tu ?

Que si je te donnais l'adresse du site, cela t'aiderais !?!

Judicieuse remarque !

CLIQUE ICI pour voir SI JE NE ME SUIS PAS PLANTE EN METTANT LES BALISES




Orion, le
Wikipedia Wikipedia est une encyclopédie en ligne et libre. On y trouve déjà un article sur les
problèmes d'échecs
.

Ca pourrait être une bonne idée de compléter avec cet excellent article de pessoa.


Qu'en pensez-vous ?


A nouveau merci pessoa Gros effort de rédaction, lecture plaisante qui incite à réfléchir aux endroits où il est loisible de le faire... puisque nulle part ailleurs on ne se trouve obligé de le faire pour déjà comprendre de quoi tu parles. Travail de vulgarisation que je trouve de grande valeur tant il expose précisément de quoi il parle.



Je crois que tu as compris, j'arrête mes jetés de fleurs :-)


wikipedia Je ne connaissais pas wikipedia, mais ce sont forcèment des gens biens, puisqu'en :

a) ils causent français....

b) pour illustrer les analyses rétrogrades, il font un lien vers mon site (les enquêtes de sherlock Holmes inspirées du livre de smullyan - AR de clafouti dont il a été question dans un post précédent, de M. Caillaud et de fort peu modeste serviteur !)


wikipedia Et apparement, tu devrais pouvoir leur proposer ton article en ligne, pessoa.....


Orion, le
Wikipedia PAR et pour tout le monde L'encyclopédie Wikipedia est en plusieurs langues. Les articles sont écrits par les internautes : n'importe qui peut aller modifier le contenu. Il suffit de respecter certaines règles (neutralité dans les opinions par exemple).


Le contenu doit aussi être libre. Pour cet article, il suffit donc que pessoa soit d'accord, ou mieux : qu'il le fasse lui-même :).



@caissa Minute ! je ne joue pas que des blitz ! des parties longues aussi...que j'analyse ensuite...alors arrête un peu de croire qu'il n'y a que la compo pour utiliser ses neurones...

Ceci dit sans méchanceté, bien sûr.

Mais c'est vrai que pessoa a fait oeuvre utile. C'est simple, didactique, et agréable à lire.


pessoa, le
Chers lecteurs Merci pour vos encouragements renouvelés. Le troisième chapitre est en préparation, je vais essayer de ne pas perdre le rythme.

@ caissa : bien sûr que tu peux reprendre mes articles sur ton site (que je connaissais), je serais tout à fait satisfait de donner un peu de publicité à mon travail !

En revanche, wikipedia... je ne sais pas trop. D'abord l'article qui figure est déjà très bien, ensuite je ne suis pas sûr que le format de mes "causeries" soit adapté à une encyclopédie. Si je m'aventure à leur proposer quelque chose, ce sera sûrement dans un ton plus "encyclopédique", c'est-à-dire basé sur des définitions de concepts plus que sur la "pérégrenation didactique" que je voudrais vous offrir...

Voilà, à suivre.



@pessoa envisages-tu un chapitre sur les mats parfaits, purs, etc ???? notions un peu abstraites et que j'ai toujours eu du mal à me mettre en tête !


@pessoa Peux-tu m'envoyer ton nom et ton prénom à mon adresse mel (jchorein@aol.com) pour les références de ton article sur mon site ?


@chouia Si tous ces post te font aimer un chouia la composition, ce sera bien !
Car c'est vrai que c'est un monde à part ! Et je ne parle pas du genre féerique où même les spécialistes se perdent ! (avec des énonçés du genre : "mat réflexe en 12 coups sur échiquier monochromatique avec Dinausore en h2 et Pingouin en f3....."

Et puis quelques fois, on change : Comme beaucoup je suis venu aux problèmes et aux études via la compétition.

Qui sait ? Dans quelques années, tu seras peut-être une spécilaiste mondiale des problèmes hétérodoxes sur échiquier rotatif (à 90° bien sur)...........



chapitre 1 Le chapitre 1 est en ligne de manière permanente ICI

Le chapitre 2 devrait l'être pour la fin de la semaine.


pessoa, le
@ caissa Merci pour la mise en ligne.

Mon état-civil n'est pas secret : je m'appelle Axel Gilbert (et je dois préciser que des deux, c'est Axel le prénom...). Je t'enverrai peut-être deux ou trois corrections de détails, si ça n'est pas trop lourd pour toi.

Les mats parfaits, purs, miroir, tout ça... bof. Ca ne m'intéresse pas trop, je préfère vraiement les problèmes "lourds" avec une thématique solide. Et les mats parfaits..., ça sert peu dans les deux-coups, on rencontre plus souvent ces notions dans les trois coups ou les aidés. Donc, je dirai que ce n'est pas priorité.


mise en ligne Le chapitre 2 est maintenant disponible. je précise bien que l'article original est paru sur ce site.


modifications Si tu souhaites apporter des modifs, récupère les pages html directement sur caissa pour m'éviter une remise en page fastidieuse et retourne les moi par mel.


trop fort j'ai vraiment apprécié l'article, merci


Question à Pessoa.

Existe-t-il des mats directs (orthodoxes) en deux coups ayant 12 variantes ou davantage ? Je pose la question car j'ai vu un réflexe 2# à 12 variantes et je me demandais si ce genre permettait d'aller plus loin.


pessoa, le
Le premier exemple qui me vient à l'esprit utilise une batterie de tour pour donner 14 variantes (et même 15). C'est un mat en trois, mais après le premier coup blanc ça devient évidemment un mat en deux.

De Paul Johner (Westminster Gazette 1914)






pessoa, le
Solution (qui n'aura pas échappé à Erony mais comme on est sur un fil pour les débutants je la donne) :

1 Th6 ! gxh6 2 Da1 !
Il y a bien 14 variantes, c'est-à-dire que les 14 cases à la disposition de la tour servent chacune à la réfutation d'une défense noire (amusez-vous les chercher).
Tout dépend d'ailleurs comment on compte car 2... Db8 3 Tb5# et 2... Cb5 3 Txb5# ne sont la "même variante" que si l'on est très sévère...


pessoa, le
Et douze, c'est aussi le nombre maximum de cases différentes depuis laquelle une dame peut mater un roi.
J'avais en tête que ce problème avait conduit plusieurs (5 ?) compositeurs à produire le même problème sans se consulter mais je n'ai pas retrouvé la référence.

La plus vieux que je trouve dans Winchloé est dû à Ernest et Emile Bertrand (la Stratégie, 1874 !).
Il le réalisent en blocus, avec 3 autres variantes, donc là encore on est à quinze.




pessoa, le
solution :
1 Df5 ! et c'est un blocus.
Pas de menace, mais sur tous les coups noirs il y a un mat, y compris un mat de dame sur 12 cases différentes. Très belle réalisation pour une époque aussi reculée.


Très impressionnant ces blocus, le trois coups de Paul Johner est une merveille qui réalise un Fleck a quatorze branches dont les mats sont infligés par la même pièce !
S'agit-il d'un record ?



Je ne connaissais pas (ou avais oublié) ces deux problèmes. Merci Pessoa.


La question d'Erony me semble imprécise : "Existe-t-il des mats directs (orthodoxes) en deux coups ayant 12 variantes ou davantage ?"
On ne sait pas s'il s'agit de chercher le record "absolu" ou le record pour une pièce.
Si on s'en tient à la question "à la lettre", la réponse est : 24 variantes !
Il s'agit d'un problème de Petrovic, publié en 1946 dans The Problemist (ID=37053 dans Winchloé) ; je donne la position :
Nenad PETROVIC
The Problemist 1946

La clé est : 1.h8=D!

Maintenant, en lisant les réponses suivantes (pessoa), on cherche (et on trouve !) une matrice encore plus simple et évidente (presque schématique) :
Charles STUBBS
1900

La tour joue et mate avec 14 coups différents (clé 1.Fb2!) ; il existe bien sur des tasks plus élaboré... et plus intéressant sur cette grande croix de Tour blanche.
On lira avec intérêt la bible du tasker :
Chess Problems : tasks and records de Jeremy Morse (le spécialiste du task).
Pour rappel, le record théorique est de 6 coups matant pour le Roi, 12 pour la Dame, 14 pour la Tour, 13 pour le Fou, 8 pour la Cavalier, 4 pour le Pion et 6 pour un Pion à promotion.



Oui, ces deux problèmes (celui de Stubbs est le 53, celui de Petrović le 59) sont dans le livre irremplaçable du même Nenad (Šahovski problem, 1949) que j'avais complètement négligé de consulter avant de poser ma question. J'ai de toute façon de gros retards en lecture.

Nenad écrit à ce propos, si je comprends bien (mon croate n'est pas parfait), qu'il a porté le record jusqu'alors tenu par Joseph Wainwright (1911) de 23 à 24 !!! Donc 37 ans pour une variante de plus. J'ai voulu alors, pour me rattraper, retrouver le problème en question, qui me semble d'ailleurs un peu moins mécanique, et avec une meilleure clé.

Mat en 2.

Bb3n2/6pN/1PK1p2p/p1P4R/1q2k1Pn/1Q4P1/3R1P2/Bb2rN2





Au fait, je ne suis pas connu, plutôt le contraire, comme un maniaque des références, mais Nenad, que j'ai tendance à croire puisqu'il s'agit de son propre bébé, ne donne pas "The Problemist 1946" mais Šahovski vjesnik, juillet 1948.


La clé des 23 variantes de Nenard est sans doute plus élaborée que les 24 variantes du même auteur, mais il faut reconnaître que cette composition a le désavantage d'avoir plusieurs duals.
Pour revenir sur le sujet, j'aimerai présenter un autre tour de prestidigitation issu d'un autre surprenant Zagorouiko 3x2.
S.Shedei, 1er prix Shakhmaty, 1963
mat en deux coups.

jeu apparent:
1…Rg3 a 2.Cd5 A #, 1…Re3 b 2.Ce2 B #
jeu d' essai:
1.Dxc6 ? (2.Cd5 #)
1…Rg3 a 2.Df3 #, 1…Re3 b 2.De4 #, 1…Tb3 !
jeu reel:
1.Dg7 ! (2.De5 #)
en quittant la case b7, la Dame permet a la Tour noir de s'interposée en b3 au cas ou les blancs voudraient réaliser à nouveau les mats du jeu apparent, mais en se plaçant en g7 elle vient controlée les cases g4 et d4 ce qui va permettre aux blancs de réaliser un effet spectaculaire appelé mats échangés !
1…Rg3 a 2.Ce2 B #
1…Re3 b 2.Cd5 A #
Deux thèmes extrêmement difficiles a réalisés.



Parmi toutes ces jolies compositions, il y a un thème que j'affectionne particulièrement, c'est le Mutate !
Pour rappel, c'est un blocus complet qui après la clé, donne un nouveau blocus mais avec au moins un mat changé.
Il va donc de sois que la clé d'un Mutate est imprévisible et très difficile a trouvée puisqu'au départ du diagramme tous les coups sont pourvus.
La composition suivante, n'est pas un Mutate mais En tout cas ça lui ressemble étrangement puisque avant la clé tous les coups sont pourvus sauf qu'après la clé, ce n'est plus un mat changé que l'on retrouve mais un jeu complètement changé, on aime ou on n'aime pas car je ne sais pas du tout ce que vaux ce genre de composition jusqu'a présent j'en n'ai rencontré qu'une seule.
Mat en deux coups. A)diag B)PNg5=PB

Solution du A)
Jeu apparent:
1…Txc5 2.Tb6 #, 1…Ta4 2.Tb4 #, 1…Tc2 2.Tc3 #
Jeu d'essai:
1.Tab5 ? (blocus), 1…Txc5 ! 1.a4 ? (blocus), 1…Txa4 ! 1.Rxh2 ? (blocus), 1…Tc2 + !
Jeu réel:
1.Tf3 ! (blocus)
1…C~ 2.Tf5 #, 1…Cxc5 2.Tf6 #, 1…Cf2 + 2.Txf2 #
Solution du B)
1.Tf3 ? (blocus), 1…Cxg5 + !
1.Rh4 ! (blocus), et l'on retrouves comme variante principales le jeu apparent.



Torlof, le
@Bernard si ce dernier diagramme est de toi alors chapeau, c'est magnifique! la relation entre jeu apparent et jeu réel entre A & B est superbe!


Apparement oui (StrateGems 2003). Si je puis me permettre, je ne crois pas que le jumeau apporte grand-chose (juste le ...Cxg5+). Dieu sait que je n'aime pas les jeux apparents artificiels, mais justement celui-ci ne l'est pas, la position ayant un caractère de blocus. Le solutionniste est amené à considérer tous les coups noirs, donc tout le JA, et aussi les essais, ce qui est une qualité appréciable. Quand il trouve la clé, il a tout compris. Inutile d'en rajouter.


pessoa, le
D'accord avec erony. Le jumeau n'apporte rien mais le problème est très bien, le jeu apparent étant "justifié" par les essais.
Le petit détail qui me plaît : le rôle du minuscule pion a3 qui empêche la démolition 1 Ta3 tout en fournissant un essai thématique subtil.


Merci pour ces encouragements et particulièrement a Pessoa pour avoir ouvert ce poste sur la composition orthodoxe. Je suis d'accord avec vous que le jumeau ne sert pas a grand-chose d'ailleurs il a été publié sans, j'ai rajouté cet élément pour souligné justement le jeu apparent au cas où des novices auraient du mal à faire la relation.




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