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| Alain, l'intelligence et les échecs... par mi***o*2888 le
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Continuant mon petit voyage avec Alain, j'ai lu dans Propos, II, p321-2
La stupidité est somnolence même, ennui sans remède, indifférence impossible à secouer (…) L’intelligence, conditionnée par la volonté, serait une espèce de courage.
Mais non dit le philosophe ; l’intelligence est un mécanisme plus ou moins délicat (…) N’importe quel homme est capable de comprendre un coup d’échec et sa conséquence immédiate s’il veut seulement y faire attention ; mais peu d’hommes sont capables de prévoir en imagination, et même sans regarder l’échiquier, cinq ou six suites possibles à partir d’un coup avec les principales ramifications de chacune. Or il y a des hommes qui font ce travail sans effort avec une rapidité étonnante ; ils sont intelligents pour les échecs, et vous, vous ne l’êtes point.
Non, ce n’est pas cela. Que je sois lent ou vif, si j’ai compris, j’ai compris ; je puis comprendre un coup d’éches ; j’en pourrais comprendre mille et avec une peine décroissante ; mais à mesure que je m’habitue ainsi à comprendre un ordre de rapports, je n’y mets pas plus d’intelligence ; au contraire, ce n’est plus que mécanisme. Les calculateurs fameux sont ainsi : intelligents quand ils découvrent par les propriétés des nombres quelque méthode abrégée ; automates quand ils l’appliquent très vite et presque sans y penser. Dans le fait, on peut être prodigieux aux échecs ou dans les multiplications, et presque stupide en toute autre chose. Etre intelligent, c’est plutôt débrouiller, essayer, tâtonner, se tromper (…) un homme apte à réfléchir attentivement à quelque question difficile qui résiste pendant quelques années (…) jetterait les cartes en disant : « C’est trop facile ; c’est de l’intelligence pour les sots. »
Intéressant, n'est-ce pas ? A sa manière, Alain prévoit la montée en puissance des logiciels dont l'automatisme de calcul est indéfectible, calcul dont il marque la frontière d'avec la stratégie qui, elle, requiert l'intelligence en cela qu'elle échappe précisément au calcul.
Il a été sympa avec nous (et avec lui!) : il n'a pas écrit "jetterait les pièces" mais seulement "les cartes" (sans offense pour les batailleurs, beloteurs, taroteurs, ramieurs et autres bridgeurs ;o)
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Hum Je ne suis pas sûr que la parallèle avec les logiciels soit pertinent, ni l'opposition entre calcul et stratégie.
Je pense qu'il oppose l'invention au mécanisme. Tout joueur d'échec un peu experimenté envisagera de sacrifier son fou en h7 si l'occasion s'en présente, et pourra calculer une combinaison assez longue si elle est "classique". Ca, c'est du "mécanisme". Ce sera plus dur d'imaginer une combinaison originale, même si elle repose aussi sur du calcul. Là, ce sera de l'"intelligence" telle que la définti Alain.
Un logiciel ne sait pas qu'il est "classique" de sacrifier son fou en h7. Pourtant, par sa force de calcule, il est capable de réinventer la combinaison. Comme un joueur "intelligent".
Au contraire, un logiciel "expert", basé sur l'intelligence artificielle, devrait être capable de reconnaître des position classiques (un sac' en h7, une structure de pions favorable etc...), donc réflechir "comme un humain", ou, selon Alain "comme un mécanisme" !
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Désolé pour mon orthographe "artificielle".
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"intelligence" est un mot tellement surchargé de sens multiples qu'il vaut mieux ne pas, à mon avis, chercher à définir ce qui est intelligent et ce qui ne l'est pas : c'est trop vague.
Pessoa souligne l'ambiguité de la définition d'Alain. Toutefois fritz ne découvre pas vraiment de nouveau mécanisme : il n'abstrait pas ce mécanisme pour en tirer une leçon. Ceci dit un calculateur prodige n'est peut être pas toujours conscient des mécanismes qu'il utilise. Enfin il me parait abusif de qualifier un calculateur prodige d'intelligent: le mot est mal choisi.
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