Après avoir effectué un recueil complet d'exercices tactiques (l'excellent "Erfolgreich kombinieren" de V. Igney, en allemand), j'ai eu les réflexions suivantes.
Les situations tactiques appellent à une solution, qui se "concrétise" (donne mat, un avantage matériel ou une finale gagnante) dans l'immense majorité des cas entre 8 et 16 demi-coups plus tard. Très rares sont les cas pratiques en milieu de jeu qui nécessitent plus de 20 demi-coups (quelqu'un a des exemples ?). Les meilleurs programmes, sur une machine standard, arrivent à résoudre la plupart de ces situations tactiques sans problème (avec 2h/40c.). Dans le cas où un programme doit se défendre dans une situation tactique complexe, il trouve en général les meilleures ressources : les ordinateurs sont à l'aise dans les positions ouvertes et à triple tranchant, et un coup spéculatif a peu de chances de les bluffer.Bien que la plupart des engines n'aient que des notions stratégiques sommaires, leurs prouesses tactiques compensent largement : des GMI dans des positions supérieures ont eu les pires difficultés (voir récemment le cas Smirin), ou ont même perdu. Des stratégies anti-ordinateurs marchent (par ex. celles de Edouard Nehmet), mais pas toujours, car parfois une combinaison vient perturber la belle ordonnance stratégique. Le cas de Kasparov contre Deep Blue est aussi révélateur. Kasparov a accusé IBM d'avoir triché, car lors d'une partie DB a refusé un pion sacrifié pour raisons positionnelles. Mais peut-être que l'ordinateur a fait simplement le calcul tout seul. Pourquoi ? Selon moi, il est possible que l'ordinateur ait vu qu'en acceptant ce pion, par ex. 9 coups plus tard il en perdait 2, ou devait le redonner sous peine de perdre une pièce, etc... Vu la puissance de calcul de DB (400 millions de noeuds/sec., plus de 100 fois supérieure à Fritz actuellement), celà est plausible. Et DB n'aurait alors pas été "assisté". Dans les prochaines années, nous allons avoir des ordinateurs bien plus costauds. Pour atteindre 1 demi-coup ("ply") de plus en profondeur, il faut multiplier la vitesse de calcul (le nb de noeuds par sec.) par un facteur aux alentours de 6 (ce chiffre varie suivant la position). Fritz, Rebel, etc... calculent jusqu'à 16 à 20 plys. Dans 30 ans, cela donnera du 22 à 26 plys. Sans compter les finesses et améliorations introduites. Ceci veut dire qu'aucun humain ne pourra plus placer une combinaison à un ordinateur. Supposez en effet qu'on ait un plan stratégique qui doit amener, en 5 coups, à une position où vous placerez une combinaison en 8 coups. Soit 26 plys. Aujourd'hui possible (par ex. le sacrifice troyen de Nehmet), car on est bien au-delà de l'horizon. Demain impossible. L'ordinateur trouvera la meilleure défense bien avant, il ne permettra même pas le début de commencement du plan. Ou il trouvera une de vos faiblesse dans une autre zone de l'échiquier qu'il exploitera avant que vous jouez le 1er coup de votre plan. Ou alors, il trouvera que le plan foire si son cavalier contrôle telle case. Etc... Nous dirigeons-nous vers une situation où même les meilleurs joueurs, obtenant parfois des positions de milieu de jeu ou des finales stratégiquement supérieures, seront dans l'incapacité de les concrétiser, car les engines verront des coups de prophylaxie et de défense bien longtemps avant que le moindre schéma tactique se mette en place ? Pensez-vous que même dans le domaine des finales (en dehors des Tablebases), les ordinateurs nous surclasseront ?
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