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Le milieu de jeu par Em****2252 le  [Aller à la fin] | Ouvertures |
La phase de jeu la plus luxuriante est le milieu de la partie. On en parle assez peu souvent préférant l'étude des ouvertures, voire des finales. J'avais apprécié il y a quelques années cette interview de Christian Bauer où il disait : "je vaux 2200 pour les ouvertures ; 2500 pour le milieu de jeu ; et 2400 pour les finales".

Je propose ici quelques réflexions libres (vos commentaires sont bienvenus) :

1/ dans le milieu de jeu, l'écart d'importance entre Stratégie et Tactique est comme réduit "à rien", tant la possibilité de découvrir une combinaison, une ressource d'attaque plus ou moins insoupçonnée, est grande et sa réalisation si souvent dévastatrice (mettant un terme rapide à la partie).

2/ en outre, avec la phase du milieu de jeu, c'est même l'étroite "connexion" entre Stratégie et Tactique qui est révélée. Une stratégie "payante" n'est-elle pas encouragée, confirmée, concrétisée en gain, le plus souvent par une "estocade" tactique ?Car est fréquente, nous le savons bien, la stratégie consistant en l'exploitation progressive ("accumulation") d'avantages intermédiaires qui, néanmoins, s'avèrerait insuffisante pour s'octroyer l'assurance d'un gain sur la durée (par ex., en finale), sans cet apport tactique.

3/ enfin, le milieu de jeu est, "par excellence", le moment du contact matériel sur l'échiquier, voire de l'"enchevêtrement" des pièces (pion passé avancé ; cavalier en avant-poste ; tour infiltrée en 7ème ou 8ème rangée) et, de fait, pourra correspondre à une stratégie d'ensemble chez l'un des joueurs, des parades ou contre-attaques liées à une "pointe tactique" chez l'autre. Autrement dit, comme il y a toujours moyen d'opter (et ceci, chacun à son tour !) pour une bifurcation, une complication ou une simplification, il est clair que l'existence d'une stratégie (par définition, "globalisante") ne veut pas nécessairement signifier sa réalisation complète. (Cf. J-P Sartre : "C'est l'imprévisibilité relative de l'adversaire, en tant qu'elle constitue l'ignorance de l'Autre, qui conserve à la lutte son caractère de réciprocité".)

4/ en définitive, parce qu'il y a réalisation "dialectique" des (deux) stratégies en place, on peut facilement admettre que la compréhension du "moment critique" (et son dépassement) peut résider dans la découverte de ressources tactiques (combinaison, sacrifice, etc) permettant d'accroître, de façon décisive, un avantage juste pressenti, ou encore, d'assener un revirement spectaculaire à la partie.



Confere points 2,3 et 4 d'Emile 9. 0-0 g5
10. Db5 Tg8
11. g4 Cg4 !?
12. hg4 Fg4



Anticipation Certains dont A. Alekhine, qui n'est pas apprécié en tout, sème une incertitude sur ce découpage en trois d'une partie d'échecs (Cf. sa Préface in "200 parties d'échecs").Dans les quatre points ci-dessus, à part le "pressenti", il manque la notion d'anticipation à laquelle le fort joueur, dès les premiers coups, ne manque pas.


cher Manuel, vous parlez de votre partie avec Korolev ? 


Anticipation !? Alice,pourriez-vous développer sur ce point et sur la préface d'Alekhine ? Je sais seulement que pour lui les échecs était un "art tragique" car le déroulement des événements de la partie dépendait du jeu de l'adversaire. Ce qui rejoint la conception de Sartre sur la lutte des idées aux échecs.


p. XXII de sa préface, Alekhine écrit :"Le premier pas vers la maîtrise fut la constatation que la division d'usage de la lutte échiquéenne en trois parties (début, milieu, fin) est, pour le moins qu'on puisse dire, arbitraire. Dans mes commentaires, je me sers toutefois encore de l'ancienne terminologie afin de ne pas embrouiller les lecteurs." Puis il développe l'idée de deux phases dans une partie ; l'une dite "préparatoire", l'autre "d'exécution".


En ce qui concerne l'anticipation, cette idée m'est venue juste en lisant votre proposition d'article, cette notion me semblant essentielle aux Echecs, base de tout plan, de combinaisons, de coups tactiques. Plus l'anticipation est grande et le calcul juste, plus le joueur est fort.(Je ne dirais pas que dès le premier demi-coup, toute la partie est jouée, mais... il est vrai aussi que la disposition d'esprit des joueurs aidera beaucoup ; il s'agit là d'un autre genre d'anticipation. C'est l'attitude.)"Un enfant dessine. Que dessines-tu ? - Dieu, répond-il. - Et comment est-il ? - Je le saurai quand j'aurai fini." Autant dire que le joueur sait qu'il doit mater ou obtenir le gain mais qu'il ne sait pas comment l'obtenir. Il n'anticipe pas assez. L'objectif n'est pas clair. Quand le dessin sera fini, quel sera le résultat ? Des cacahuètes ? S'il ne sait pas où il va, comment peut-il y aller ? Au petit bonheur-la chance, mais où ? Anticiper, c'est se projeter dans le temps et dans l'espace. Prévoir et pas seulement pressentir. Si nous travaillons les débuts, c'est pour tracer des chemins, débroussailler, gagner du temps. Ceux qui sortent des sentiers battus prennent des risques et dépensent plus en énergie. Connaître pour réfuter, pour anticiper. Exploiter, à bon escient, l'acquis. Pas de vilaine surprise.


d'accord avec Alkehine, dans la mesure où la préparation est immense ches les GM. La "phase d'éxécution" n'est plus qu'une phase de "gain technique" ; qui d'ailleurs peut prendre vingt coups ! Cela me rappelle les analyses d'un très fort GM où il était dit qu'une partie ne durait que quelques coups (4 ou 5 maxi) entre le sortir de l'ouverture, le moment critique et la phase de réalisation du gain technique. Mais ceci n'est pas valable pour toutes les parties, à mon avis. Peut-être Manuel Ménétrier va nous en dire plus là-dessus !?


4 ou 5 Je pense qu'il voulait dire que la partie se gagne ou se perd, donc"se joue" en 4 ou 5 coups. L'ultime essence qui entraîne le gain, lepoint charnière !
Alice : très intéressant cette vision de l'anticipation mais comments'inscrit-elle précisément dans le cadre de la division en début-milieu-finde jeu ?


tout à fait, Perestroika ! 


Peu importe, les divisions. Si les premiers coups sont déterminants, avec deux joueurs de force égale, il y a bataille ; avec un joueur en supériorité, la partie s'achève rapidement ; dans le cas contraire...


En supposant les trois divisions sus-dites, le milieu de jeu doit correspondre à ce qui a été anticipé dans le début, même si les suites sont nombreuses.
A partir de la position obtenue, le joueur sait dans quelle finale il va arriver, en admettant qu'il y en ait une.




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