Commentaire sur le duel Kasparov-Kramnik
Que penser, à l'issue de la 13ème partie et à 3 rounds de la fin de ce match, de ce duel tant attendu, tant espéré ?
Que dire de la prestation de ce champion du monde aujourd'hui officieux mais toutefois incontestable, incontournable, joueur et compétiteur d'exception s'il en est, qui, depuis 15 ans déjà, survole litéralement les sommets de la compétition échiquéenne, et dont ses plus proches concurents disaient de lui, il y a peu encore, qu'il était "intouchable" ?Garry Kasparov a perdu deux parties avec les pièces noirs. La 1ère sur une nouveautée dans la Grunfeld. La 2ème sur une gaffe, certes affreuse à ce niveau, mais tout bêtement humaine. Ce qui est peut-être notable, ce ne sont pas ces deux défaites, mais sans doutes ces trois autres parties, la 5ème, à peine entamée (24 coups) la 7ème, avortée (11 coups) et pour finir cette 13ème manche.... Dans chacune d'entre-elle il conduisait les pièces blanches et avait toutes les raisons de livrer un combat sans merci, étant donné sa situation au score. La dernière partie est, symboliquement du moins, explosive : 14 coups et puis rideau, alors qu'il ne lui reste plus que trois tentatives pour tenter de revenir, dont deux fois avec les noirs, contre un adversaire dont la puissance de jeux n'est plus à démontrer. Qui a dit passation de pouvoir ?... Incrédulité générale, stupéfaction. De l'amateur au gmi, personne, il y a de cela quelques jours à peine, n'aurait imaginé Kasparov dans la débâcle qui est la sienne à cette heure. Mais ceci est un grand classique : en 1985 on ne donnait pas cher de la peau d'un Kasparov face à Karpov, idem concernant Alkhine en 1927 à Buenos Aires... Alors ? Son ami et ex-élève-secondant lui serait-il devenu supérieur ?Privé de ses secrets de répertoire, que Kramnique connait, sa Grunfeld torpillée en tout début de rencontre, une partie Espagnole surprise (mais est-ce vraiment surprenant, justement, la surprise dans un match ? Rappelez-vous Fischer-Spassky en 72, par exemple), sur laquelle il se casse les dents depuis le premier jour... S'attendait-il naïvement à ce que Kramnik lui joue une Petrov ou une Svechnikov, sérieusement ? Mais peut-il battre un homme qui le connait si bien, un intime avec lequel il a sans doute partagé tant d'heures d'analyse ? On dit qu'une fois Kasparov en dehors de son répertoire principal, son jeux peut se mettre à "flotter", qu'un gmi de force suffisante peut alors espérer prendre sa chance...ou ne pas perdre, c'est selon. Kasparov, un géant aux pieds d'argile ? On dit qu'il ne déteste rien tant que de devoir échanger les dames en début de jeux, qu'il n'est pas un très grand finaliste non plus...et que se passe-t-il quand il joue les blancs dans ce match ? Les dames s'échangent dès les premiers coups, quand on ne rentre pas aussitôt dans une finale... On dit que Kasparov est un joueur d'initiative génial, ce qui je pense est vrai, mais que lorqu'il n'a pas cette initiative qu'il affectionne tant, il joue de façon relativement "ordinaire"...On a vu plus souvent Kasparov jouer ici en défense, monstrueuses défenses, chanceuses aussi, et se sortir contre toutes attentes de bourbiers dans lesquels bien d'autres se seraient enlisés corps et âme, et se sauver en partageant le point. D'ailleurs il a même gagné un surnom dans l'affaire : Houdini, le roi de l'évasion, à juste titre... En définitive, est-ce que le véritable tournant de ce match ne s'est pas joué sur un "simple" mouvement de tour, croquant un pion que tout le monde pensait bizarement indigérable et n'être qu'une fausse bonne idée de joueur de café, type de joueur qui a toujours le dos large (je pense bien-sûr à la seconde partie), brisant sans autres formes de procès un système fétiche du champion du monde, du moins pour le restant de cette rencontre ? On parle de son âge aussi, de ces cheveux gris qui contrastent avec la jeunesse fringante de son opposant, mais pour aussitôt faire remarquer le manque relatif d'énergie ou de ténacité supposée de Kramnik, comparé au volcan Kasparov...(volcan Auvergnat diront aujourd'hui les mauvaises langues). D'ailleurs, pour étayer cette thèse, Kasparov semble apparement souffrir du "syndrome Karpov" concernant la pendule. Le temps passe décidément trop vite. Mais la partie n'est pas encore terminée, tout est possible, même les miracles (voir le match de Séville).Pour finir, une rumeur dirait aussi que Garry Kasparov doit faire face à des problèmes d'ordre privés. Infos ou intox ? A suivre...
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